06.01.2012
Pour l'UMP, la rue plutôt que le camping
l'Humanité mercredi 4 janvier
Adoptée en première lecture à l'Assemblée, une proposition de loi sur l'habitat léger de loisir renforce l'interdiction de vivre en camping à l'année. Sans proposer de relogement.
Retraités, étudiants, jeunes couples ou quinquas esseulés, ils seraient entre 70 000 et 120 000 à séjourner au camping à plein temps. Leur point commun : l'aridité de leur compte en banque, si toutefois ils en ont un. Si le camping à l'année présente certains atouts - convivialité, proximité de la nature, peu de ménage, pas d'escaliers -, il est surtout adopté pour son faible coût, la parcelle revenant au minimum deux fois moins cher qu'un studio. Certains de ces habitants précaires s'épargnent ainsi quelques fraîches nuits sous les ponts. Évidemment, tous n'ont pas les moyens de se payer un mobil-home cinq étoiles, et le plus clair du temps, le confort est loin d'être optimal. Problèmes d'isolation, chauffage et sanitaires inadaptés pèsent chaque jour un peu plus sur la santé de ces campeurs hivernaux. Pour Jean-Louis Léonard, député UMP de Charente-Maritime et initiateur de la proposition de loi sur l'habitat léger de loisir, ce mode de vie s'apparente fort à celui des bidonvilles, et doit donc être éradiqué. Un objectif louable... du moins en apparence.
La proposition de loi prévoit de renforcer les pouvoirs d'inspection et de contrôle du maire sur les campings privés de sa commune. Ce dernier pourrait désormais saisir la justice en cas de pratiques illégales et moduler la taxe de séjour en fonction de l'usage des emplacements. Tous les trois mois, le résident « long séjour » devra, quant à lui, attester d'une autre résidence principale au propriétaire du terrain. D'après Jean-Louis Léonard, « les campings doivent être tournés vers le tourisme » et leurs directeurs ne sont pas là pour « exploiter la misère humaine ».
« Ni pour faire du social », rétorquent, outrées, les défenseurs du droit au logement. « Ils vont les mettre où ces gens ? » interroge Clément David, de l'association Habitants de logements éphémères ou mobiles (Halem). Pas de logements sociaux à l'horizon pour les plus pauvres. Pas plus de terrains familiaux pour ceux qui veulent continuer à habiter en pleine nature. « Ce qui est en jeu, au-delà de la plus-value immobilière d'un territoire, c'est la question du contrôle des populations », conclut Paul Lacoste, lui aussi administrateur d'Halem. Ce projet, adopté à l'unanimité par l'Assemblée, doit désormais être examiné par le Sénat en février.
Flora Beillouin
(source : Cour des comptes)
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