AFP jeudi 16 février
Décès de la femme qui s'est immolée par le feu à la mairie de Saint-Denis
La femme en demande de logement qui s'est immolée par le feu mercredi dans le hall de la mairie de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) est décédée jeudi, a-t-on appris de source judiciaire et auprès de la mairie.
BOBIGNY, 16 fév 2012 (AFP) - - Mercredi, à 15H00, cette femme de 38 ans, mère de six enfants, était entrée dans la mairie, avait eu une conversation assez violente avec un agent d'accueil, puis s'était aspergée d'essence avant d'allumer un briquet.
Malgré l'intervention d'agents de sécurité et d'accueil ainsi que d'un habitant, elle a été très gravement brûlée. Héliportée dans un centre pour grands brûlés à Lille, elle n'a pu être sauvée. Son décès a été prononcé jeudi à 15H00.
Cette femme avait d'abord été hébergée par le 115 dans un hôtel dans le Val-de-Marne puis à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, a indiqué la mairie de Saint-Denis. Elle avait déposé une demande de logement en 2009 auprès de cette ville.
La mairie dénonce "un drame du mal-logement". Cette femme était par ailleurs dans une situation familiale très compliquée, selon plusieurs sources.
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La Croix lundi 20 février 2012
L'inextricable situation du mal-logement à Saint-Denis
Une femme en demande de logement s'est immolée par le feu dans le hall de la mairie de Saint-Denis. Une centaine de manifestants ont dénoncé, samedi, la pénurie de logements, les expulsions et l'habitat indigne en Seine-Saint-Denis.
Elle s'appelait Ecaterina, avait 38 ans, elle était mère de trois jeunes enfants. Elle s'est donné la mort par désespoir, excédée par dix ans de vie d'errance, en s'immolant par le feu, mercredi dernier, dans le hall de la mairie de Saint-Denis. Expulsée d'un squat il y a quelques mois, elle était logée à l'hôtel, avec la crainte de se retrouver de nouveau à la rue d'ici à la fin de la trêve hivernale.
Cet acte d'une extrême violence n'est pas un cas isolé dans la ville, où les tensions liées au mal-logement se sont accrues avec la crise. En 2007, un homme avait déjà voulu se suicider dans la mairie pour des raisons analogues. Le 11 mars dernier, un autre homme sans domicile, heureusement secouru à temps par des agents de la ville, avait également tenté de mettre fin à ses jours. À Saint-Denis, 6 000 demandes de logements ne sont pas satisfaites, selon les données transmises par la mairie, pour une ville comprenant 110 000 habitants. En outre, 1 500 procédures d'expulsion d'habitants, vivant majoritairement dans des logements insalubres du quartier de la gare, sont annoncées à partir du 15 mars, date de fin de la trêve hivernale.
La commune, qui compte déjà 47 % de logements sociaux, n'est pas la seule à être dépassée dans le département. Selon le dernier rapport Dalo, la Seine-Saint-Denis accuse des retards face à l'obligation légale et humanitaire de l'hébergement dans 64 % des cas. « L'offre en solutions de mise à l'abri n'est pas du tout à la hauteur. Avec l'explosion du chômage et du travail précaire, de plus en plus d'habitants ne répondent plus aux critères de ressources pour accéder à une HLM et se réfugient dans des squats », explique Amel Dahmani. Employée de la ville et membre du syndicat SUD, elle redoute de nouveaux drames.
Depuis le 7 décembre dernier, une trentaine de personnes expulsées ont installé un campement face à la mairie. Pour les soutenir, un collectif composé entre autres de l'Église catholique, du CCFD et du DAL (Droit au logement) a organisé samedi une mobilisation. « Nous demandons des solutions immédiates pour ces personnes et d'anticiper sur des expulsions qui d'ici à la fin du mois mettront d'autres familles à la rue », tonne un des organisateurs, Étienne Penissat. Le mouvement réclame notamment à la préfecture la réquisition des logements vides de la ville pour répondre à l'urgence.
JEAN-BAPTISTE FRANÇOIS
Le Parisien Val-de-Marne samedi 18 février
Saint-Maur dit non aux « 30% de Sarkozy »
Laissez-nous gérer nos constructions de logement! C'est l'esprit du voeu adopté jeudi soir au conseil municipal de Saint-Maur : les élus devaient se prononcer contre « la densification massive et uniforme » imposée d'en haut. A savoir, les conseils régional et départemental, l'Etat, les candidats à l'élection présidentielle... et celui qui ne l'était pas encore, Nicolas Sarkozy, lorsqu'il a proposé une augmentation de 30% du coefficient d'occupation des sols (COS) fin janvier.
« Il devient difficile de préserver la singularité et le caractère de Saint-Maur. C'est le principe même de la libre administration des communes qui est remis en cause », s'est indigné le député-maire (UMP), Henri Plagnol, candidat à sa réélection aux législatives de juin. Et de citer les « pressions » financières que subit la commune. Pour le dire clairement, Saint-Maur veut rester Saint-Maur. « Toutes ces pressions sont aberrantes. C'est comme si nous devions tous passer sous une toise. Notre commune a une histoire qui s'accommode mal avec cette uniformisation », selon Sylvain Berrios, adjoint à l'urbanisme.
Dans l'opposition, les dents grincent. « Toutes les manoeuvres sont bonnes pour ne pas construire et refuser la solidarité », a soutenu le communiste Guy Deloche. « Encadrons la loi et privilégions le logement social », a défendu Philippe Rosaire (PS).
Et la population, qu'en pense-t-elle? Sylvia, commerçante du côté de la gare RER de Champigny, « aime Saint-Maur parce qu'il n'y a pas de cités. Ici, c'est très beau, les maisons sont anciennes, les promenades sont agréables ». Alors pour elle, la construction de logements, c'est non. Marie-Claude, elle, trouve ça normal, vu le déficit qu'accuse l'Ile-de-France : « Entre des tours et rien du tout, il y a un compromis à trouver, sourit cette habitante de longue date. Il y a quelques zones en déshérence où l'on pourrait construire de manière raisonnable. » C'est le sens du contrat de mixité sociale qu'a signé la commune avec l'Etat, cette semaine, dans l'optique d'augmenter le nombre de logements sociaux. La loi SRU en impose 20%; en juillet 2011, Saint-Maur en était à 6,56%.
ELSA MARNETTE